Il ne faut pas désespérer la France périphérique…

… maintenant que Billancourt n’existe plus

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Le titre de cet article est inspiré par une phrase qu’aurait dite Jean-Paul Sartre en 1968 : « Il ne faut pas désespérer Billancourt ». L’usine Renault de Billancourt était alors une citadelle ouvrière. En réalité, il semble que cette phrase provienne du collage de deux répliques de Nekrassov, une pièce peu connue de Jean-Paul Sartre, créée en 1955 : « Il ne faut pas désespérer les pauvres » et « Désespérons Billancourt ». Aujourd’hui, Billancourt n’existe plus, en tout cas en tant que bastion syndical, et, avec la désindustrialisation, le néo-libéralisme et leur impact sur le développement de l’individualisme, la classe ouvrière a volé en éclats. Mais la recherche sociologique et économique récente met en évidence l’émergence d’une France périphérique, probablement majoritaire dans la population et en croissance, qui ne bénéficie pas des avantages de la mondialisation et continue à se marginaliser.

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Que devient la valeur Égalité ?

Image : devise révolutionnaire sous la Terreur
© http://www.lepassepresent.com

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D’après une exposé fait en juillet 2015

Liberté – Égalité – Fraternité, c’est la devise de la République française. Elle est apparue en 1790 dans un discours de Robespierre sur l’organisation de la Garde nationale de la Révolution française. Chacun des deux premiers mots correspond à une caractéristique de la société idéale que la République souhaite. Le 3e désigne plutôt une attitude dans les rapports humains et sociaux. On peut dire que la fraternité, bien comprise et réellement pratiquée, pousse chacun à agir dans le sens de l’égalité.

Mais je ne vais pas parler aujourd’hui de Fraternité. C’est un autre sujet, sur lequel il y aurait beaucoup à dire. Je me bornerai à parler d’Égalité, si je choisis une formulation optimiste, ou, dans le cas contraire, d’inégalité. Lire la suite « Que devient la valeur Égalité ? »

À propos des institutions de l’Union européenne…

Image : Paysage avec l’enlèvement d’Europe, Hendrik van Minderhout (1632 –1696), musée des beaux-arts de Rouen (détail)
© Wikipédia

Cette illustration a été choisie en référence à un récent livre de Robert Salais, Le Viol d’Europe. Enquête sur la disparition d’une idée (PUF, 2013), dont l’argument est que l’Union européenne, dès son origine, a été victime d’un conflit entre la volonté d’en faire une entité libérale, avec pour objectif essentiel la mise en place de la « concurrence libre et non faussée », et des objectifs politiques et sociaux, ceux-ci ayant toujours perdu toutes les batailles : la référence que fait le titre du livre au mythe de l’enlèvement et, dans une de ses deux versions, du viol de la princesse Europe par Zeus ayant pris la forme d’un taureau figure cette succession de défaites.

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Quelques réflexions anciennes

Le texte qui suit a été écrit en février 2005, au moment de la campagne du référendum français sur le projet de traité pour une constitution européenne (TCE). Rappelons le résultat de ce référendum : le projet de TCE a été largement rejeté le 29 mai 2005, sous la présidence de Jacques Chirac, par 54,67 % de Non, avec un taux de participation de 69,34 % et un taux de blancs et nuls de 2,51 %. Le contenu du traité, dont la mise en œuvre aurait nécessité la ratification par l’ensemble des États de l’Union européenne, a ensuite été renégocié et la France a ratifié son remplaçant, le traité de Lisbonne, le 8 février 2008, cette fois par voie parlementaire, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Lire la suite « À propos des institutions de l’Union européenne… »

Signez le manifeste « Pour une union politique de l’euro » !

Image : L’Enlèvement d’Europe par le Titien (1959-1562), Isabella Stewart Gardner Museum, détail
© Wikipedia

Cette illustration a été choisie en référence à un récent livre de Robert Salais, Le Viol d’Europe. Enquête sur la disparition d’une idée (PUF, 2013), dont l’argument est que l’Union européenne, dès son origine, a  été victime d’un conflit entre la volonté d’en faire une entité libérale, avec pour objectif essentiel la mise en place de la « concurrence libre et non faussée », et des objectifs politiques et sociaux, ceux-ci ayant toujours perdu toutes les batailles : la référence que fait le titre du livre au mythe de l’enlèvement et, dans une de ses deux versions, au viol de la princesse Europe par Zeus ayant pris la forme d’un taureau figure cette succession de défaites.

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Le Monde daté du 18-02-2014 a consacré une pleine page au manifeste intitulé Pour une union politique de l’euro, accessible aux abonnés à LeMonde.fr. Mais il est préférable de consulter le manifeste complet sur le site qui lui est dédié. Et il faut l’y signer ! Lire la suite « Signez le manifeste « Pour une union politique de l’euro » ! »

L’égalité, enfin !

Images : Adam Smith, David Ricardo, l’Égalité de la place de la République, Karl Marx, Thomas Piketty
© Wikipedia pour les 4 premières, École d’économie de Paris pour la cinquième

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À propos du livre de Thomas Piketty Le Capital au XXIe siècle (version 2, complétée)

J’ai évoqué assez brièvement dans un autre article de ce blog, « Croissance, environnement et égalité : 2 livres importants », le livre Le Capital au XXIe siècle de Thomas Piketty (Seuil, Les livres du Nouveau Monde, septembre 2013). Il mérite qu’on en reparle. Lire la suite « L’égalité, enfin ! »

Croissance, environnement et égalité : 2 livres importants

Le hasard du calendrier fait bien les choses : deux livres importants, complémentaires même s’ils sont parfois divergents, sont parus presque en même temps : La Mystique de la croissance. Comment s’en libérer, de Dominique Méda (Flammarion, 09-2013) et Le capital au XXIe siècle, de Thomas Piketty (Seuil, 09-2013). Lire la suite « Croissance, environnement et égalité : 2 livres importants »

Lampedusa : quoi de neuf ?

Le 3 octobre, au moins 359 immigrants clandestins se sont noyés au large de Lampedusa. Le 11 octobre, au moins 33 nouvelles victimes, entre Malte et Lampedusa. Et, tout à coup, les médias en font des pages entières ; et les politiques gesticulent : il faut que l’Union européenne prenne d’urgence des décisions fortes, on ne peut laisser l’Italie gérer seule ces vagues d’immigration sauvage… Certains d’entre eux voient l’aspect humanitaire ; d’autres y voient un argument pour regretter le bon vieux temps où Kadhafi réprimait Lire la suite « Lampedusa : quoi de neuf ? »

La R2S2E : kèskecé ?

La R2S2E – on peut aussi écrire RSSEE –, c’est la responsabilité sociale, sociétale et environnementale des entreprises.

C’est un sigle très à la mode dans les écoles de management et dans la communication des entreprises et du patronat. Il explicite – ou il cache – un objectif qu’affirment se fixer les entreprises : celui de contribuer à l’intérêt général par leurs produits, leurs pratiques commerciales, leurs relations avec leurs partenaires et en particulier leurs fournisseurs, leur gestion interne et en particulier leur gestion des ressources humaines, etc. Lire la suite « La R2S2E : kèskecé ? »

Réforme des retraites et langue de bois politique et syndicale

Je vais d’abord parler de la retraite générale des salariés du privé.

Commençons par rappeler quelques faits connus qu’il est difficile de contester.

  • Le régime général des retraites est gravement en déficit.
  • Cela est dû en premier lieu à l’accroissement du nombre de retraités rapporté au nombre de personne en âge de travailler, causé par l’allongement de l’espérance de vie.
  • L’importance du chômage pèse sur le volume de cotisation des actifs, et aggrave donc les conséquences du point précédent.
  • La gauche a longuement étudié le problème [1] durant les 16 ans pendant lesquels elle a été au pouvoir dans les 32 dernières années.
  • Il n’est pas vivable à long terme que les déficits publics de la France soient de l’ordre de 10 % des prélèvements publics (4,8 % du PIB pour 2012 [2]), ce qui continue à accroître la dette publique, dont la charge reposera sur les générations futures. Lire la suite « Réforme des retraites et langue de bois politique et syndicale »

Délocalisation, pouvoir d’achat et emploi

Photo : porte-conteneurs de la CMA-CGM sous le Golden Gate Bridge, San Francisco
© Serge Ruscram, 2012

La Lettre du CEPII du 22-06-2013 publie le résultat de l’étude « (Not) Made in France », menée par Charlotte Edlinger et Lionel Fontagné, concernant l’impact, sur le pouvoir d’achat des Français, des importations en provenance des « pays de délocalisation », et plus précisément des pays émergents et en développement [1]. Il faut préciser que ces importations sont d’une part des productions dans des sites ayant fait l’objet d’une délocalisation, mais aussi d’autre part des productions d’entreprises originaires des pays de délocalisation eux-mêmes.

La méthode de calcul est précisément décrite, et paraît de bonne qualité. Les achats de produits en provenance des pays de délocalisation, pour lesquels les 3 pays les plus importants sont la Chine (qui pèse 71 % de ces achats), l’Inde (5,3 %) et le Bangladesh (3,1 %), représentent le quart de nos bien de consommation importés [2]. Il s’agit d’une évaluation en valeur : compte tenu des écarts de prix, croissants avec le temps, qui étaient d’un facteur de l’ordre de 2 à 3 en 2010, la part en volume est bien plus importante. Lire la suite « Délocalisation, pouvoir d’achat et emploi »