Note de lecture : « Faut-il brûler le modèle social français ? » Alain Lefebvre, Dominique Méda

Faut-il brûler le modèle social français ?, Alain Lefebvre, Dominique Méda, Seuil, 2006

Même si les citations précises ou emprunts ne sont pas indiqués, une partie importante de cette note est une reformulation de passages du livre.

Le terme de modèle social n’est pas pris ici au sens commun d’exemple à suivre, mais au sens d’ensemble de caractéristiques d’une société et de son organisation.

Typologie des modèles sociaux

Esping-Andersen distingue 3 types de régimes d’État providence.

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Note de lecture : « Traites négrières », Olivier Pétré-Grenouilleau, Folio Histoire, 2004

Traites négrières. Essai d’histoire globale, Olivier Pétré-Grenouilleau, Folio Histoire, 2004

Définitions

Esclave.

Appelons donc un chat un chat. Quelle que soit l’idéologie amenée à légitimer l’esclavage, un homme privé de liberté et réduit à n’être que la chose de son maître est bien un esclave, et ceux que, de nos jours, on appelle parfois esclaves domestiques ne vivent pas forcément Mieux que certains esclaves du passé. Dans une rubrique intitulée appeler esclave un esclave, Cooper [i] note très justement que, « si l’on regarde ce vieux terme ‘’occidental’’ – esclavage – d’après ce qu’il a signifié au cours de l’histoire européenne et américaine, sa pertinence vis-à-vis de l’Afrique devient évidente. Le mot esclave […] renvoie à […] l’étranger amené par force dans une société » (p. 515).

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Note de lecture : « Le ghetto français », Éric Maurin

Le Ghetto français. Enquête sur le séparatisme social, Éric Maurin,  Seuil La République des idées, 2004

E. Maurin, ingénieur statisticien-économiste et docteur en économie, est chercheur au CNRS (GRECSTA).

Il est co-auteur, avec Dominique Goux, de deux études : Anatomie sociale d’un vote : le 21 avril 2002 [i] et Anatomie sociale d’un vote. Le 1er tour des élections régionales (21 mars 2004) [ii], illustratifs de certains aspects de sa démarche et très intéressants en termes d’analyse électorale.

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Note de lecture : « Orient-Occident, la fracture imaginaire », Georges Corm

Photo : Alhambra de Grenade
© Serge Ruscram, 09-2010

Orient-Occident, la fracture imaginaire,  Georges Corm, La Découverte, Cahiers libres, 2002

Léopold Sédar Senghor vantait les mérites du métissage culturel. La lecture de ce livre de Georges Corm donne une illustration presque jubilatoire du bien fondé de sa position.

G. Corm, libanais, est un de ces exemples d’intellectuels dont la pensée, du fait de leur culture cosmopolite, souvent minoritaire, est particulièrement riche et originale. On pense souvent, en le lisant, à d’autres auteurs ayant ce type de culture, comme Edward W. Saïd [i], palestinien de culture chrétienne, ou Edgar Morin [ii], judéo-gentil, selon le terme qu’il emploie lui-même, et penseur de la complexité. On pense aussi à l’École de Francfort. G. Corm cite d’ailleurs comme références bibliographiques importantes Herbert Marcuse [iii], Theodor W. Adorno [iv] et Jürgen Habermas [v].

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Note de lecture : « Le Rendez-vous des civilisations », Youssef Courbage et Emmanuel Todd

Photo : Samarcande vue d’un des minaret du Registan
© Serge Ruscram, août 2008

Le Rendez-vous des civilisations, Youssef Courbage et Emmanuel Todd, Seuil, La République des idées, 2007

Définitions et vocabulaire

Le fait religieux existe indépendamment des particularités de chaque croyance. À un niveau psychologique et social profond, le christianisme, le bouddhisme, l’hindouisme, l’islam et les cultes animistes sont la même chose : une interprétation du monde qui donne un sens à la vie et permet aux hommes de fonctionner correctement dans la société où ils naissent. La nature détaillée de la croyance, le style de la divinité, le type de statut métaphysique envisagé, le code moral et les interdits ne peuvent être examinés que dans un deuxième moment de la réflexion. D’abord, il y a le fait de croire, n’importe quoi au-delà du visible et du démontrable, commun à toutes les religions. Commun à toutes les religions est aussi le lien social établi et maintenu par la croyance partagée. Car le paradoxe fondamental de la religion est qu’elle est toujours simultanément individuelle et collective : elle définit un lien entre l’individu et un au-delà métaphysique, mais l’homme isolé est en général incapable de croire en une quelconque transcendance (p. 20-21).

La démographie n’arrive pas toujours à cacher derrière ses instruments mathématiques que son double sujet est également celui de la religion : la vie et la mort (p. 136).

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Note de lecture : « Quatre-vingt-treize », Gilles Kepel

Quatre-vingt-treize, Gilles Kepel, Gallimard, 2012

Gilles Kepel a dirigé pour l’institut Montaigne l’enquête de terrain Banlieue de la République (voir le site de l’enquête et son résumé).

Cette enquête, réalisée en 2010 et 2011 dans la zone de Clichy/Montfermeil, en Seine-Saint-Denis (93), analyse la façon dont s’imbriquent les variables comme la relégation, l’enclavement spatial et les problèmes de l’éducation, de l’emploi et de la sécurité, pour générer une émeute qui s’est répandue dans l’ensemble du pays. Elle étudie notamment la façon dont la référence à l’islam a pénétré l’espace social.

G. Kepel, après la publication des résultats de cette étude, a écrit Quatre-vingt-treize (Gallimard, 2012), qui propose une formalisation de l’évolution, dans les dernières décennies, de la place de l’islam en France, devenu l’islam de France.

La présente note de lecture donne une vision simplifiée, un peu réductrice – je demande à l’auteur de m’excuser pour les raccourcis abusifs et pour les erreurs éventuelles.

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Dans le désert, au Niger

Photo : Sahara (2005)
© Serge Ruscram

Janvier 1977, au fin fond du Sahara. Nous remontons en voiture de Dakar à Paris à quatre, dans deux Renault 4. Un soir, vers 4 h et demie, au Niger, entre steppe sahélienne et désert, nous arrivons à un puits. C’est un simple trou circulaire dans la croûte argilo-sableuse. Les bords sont protégés par des bûches, profondément entaillées par les cordes utilisées pour puiser. Il y a des dizaines, sans doute des centaines de bœufs-lyres, avec leurs cornes superbes – vaches, veaux, taureaux, génisses, taurillons –, et il y a quelques chèvres. Quelques bergers peuls les accompagnent, et tirent de l’eau à la main. L’eau est à peu près à 15 m de profondeur, il faut en tirer pour toutes les bêtes et un peu pour les hommes. Lire la suite « Dans le désert, au Niger »

Jeu vidéo : la nouvelle version de « Racing » est sortie

L’homme est ravi : il vient d’installer la version 7.0 de son jeu vidéo préféré, Racing.

L’homme – nous l’appellerons le Joueur, ou simplement J. – démarre le programme. Il choisit Course sur autoroute urbaine ouverte (le menu propose aussi Course sur piste de terre ouverte et Course sur autodrome fermé), puis le pays : Néocol. Ensuite il lance la Démonstration.

Il choisit la couleur de sa voiture : le Jaune Titi. Il faut dire que J. est belge : ce jaune lui rappelle la couleur qu’avaient les voitures de course belges quand il était petit et que les écuries nationales existaient encore.

Et c’est parti.

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Révolutions scientifiques, réalités, vérité

Images : Nicolas Copernic, Max Planck, Albert Einstein

D’après un exposé fait le 19-10-2010

La Renaissance européenne, ou plutôt la période qui s’étend de la fin du XVe au début du XVIIIe siècle, est considérée comme la charnière qui a vu, avec en particulier la reconnaissance de l’héliocentrisme, l’émergence de la science moderne et l’autonomisation de la raison. Elle ouvrira la route aux Lumières. C’est ce que j’appelle la première révolution scientifique.

Mais il ne s’agit pas d’un franchissement de jalon, d’un passage à une date précise à une nouvelle étape, grâce à la seule pensée de la Renaissance, dans un progrès continu de l’ombre vers la lumière, de la superstition vers la raison, du chaos vers l’ordre, comme voudrait le faire croire une vision mécaniste et linéaire de l’histoire de la pensée.

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Lumières, laïcité et occidentalocentrisme

Mosquée chiite, Damas
© Serge Ruscram, 2010

D’après un exposé fait le 23-10-2012

« Les races supérieures, c’est à dire les sociétés occidentales parvenues à un haut degré de développement technique, scientifique et moral, ont à la fois des droits et des devoirs à l’égard des races inférieures. (…) Partout doivent reculer les antiques puissances de l’ignorance, de la superstition, de la peur, de l’oppression de l’homme par l’homme. Ainsi l’action colonisatrice est-elle fondamentalement définie comme une œuvre d’émancipation : par elle, et à travers elle, se poursuit la lutte, entreprise depuis [des siècles] au nom de l’esprit de Lumière, contre l’injustice, l’esclavage, la soumission aux Ténèbres. »

Je vous rassure : il ne s’agit pas d’une intervention de notre actuel ministre de l’intérieur. Alors, s’agit-il d’une dernière intervention de Claude Guéant avant son départ du ministère de l’intérieur ? Ou s’agit-il de l’exposé des motifs de la loi signée entre autres par François Fillon et Jean-François Copé, le 25 février 2005, qui affirmaient le « caractère positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord » [i] ? Ou d’un extrait du célèbre discours de Dakar de notre ancien président de la République ?

Eh bien non ! Cette intéressante prise de position est le fait de… Jules Ferry. C’était le 28 juillet 1885, à la tribune de la Chambre des députés.

Mon exposé n’a évidemment pas pour objectif de critiquer untel ou untel pour des opinions qui étaient répandues à l’époque, y compris chez des gens éclairés : je voudrais simplement alerter sur le fait que nos positions sur l’autre, sur l’étranger, sont parfois fortement biaisées par notre point de vue.

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