De la laïcité dans les valeurs de la République

Une valeur de paix qui deviendrait conflictuelle ?

© Serge Ruscram, 23-12-201
© Richard Murray sur Wikepédia (photo du kilt)
© Serge Ruscram pour les autres photos (Sahel malien et nigérien, 1977)
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1      Laïcité : que de conflits sémantiques en ton nom !

  • Est-il interdit d’ajouter une épithète au substantif laïcité, ou est-ce nécessaire, comme l’a dit Nicolas Sarkozy, qui souhaitait une laïcité positive[1] ?
  • La laïcité se définit-elle par la loi de 1905, ni plus ni moins, supposée parfaite, ou faut-il la faire évoluer pour qu’elle s’adapte aux évolutions de la société ?
  • La laïcité est-elle unique, et faut-il pour cette raison critiquer Jean Baubérot qui propose une typologie de la laïcité dans son livre Les sept laïcités françaises[2] ?
  • Les mots laïcisme et islamophobie ont-ils un sens ?

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Brice, Nicolas, François… Et les autres ?

Photo : lac Þingvallavatn, Islande
© Serge Ruscram, 04-2013

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Brice Hortefeux, alors ministre de l’intérieur de Nicolas Sarkozy, a dit à propos d’Amine, militant UMP appelé « notre petit Arabe » par un autre militant : « Bon, tant mieux. Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes… [1] » Lire la suite « Brice, Nicolas, François… Et les autres ? »

Laïcité : hijab, burqa et liberté de conscience

Photo : Bosra, Syrie, 04-2010
© Serge Ruscram

La loi du 15 mars 2004 encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics est très concise : elle précise seulement que « Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit ». Elle a été globalement bien acceptée, elle a clarifié un sujet sur lequel la réglementation et la jurisprudence étaient auparavant bien floues, et elle a mis fin à un dangereux processus de multiplication des contentieux et de radicalisation sur le sujet du voile à l’école, au lycée et au collège. Elle est donc, à mon avis, « globalement positive ». Lire la suite « Laïcité : hijab, burqa et liberté de conscience »

Note de lecture : « Le monde moderne et la question juive », Edgar Morin

Le monde moderne et la question juive, Edgar Morin, Seuil. Non conforme, 10-2006

Ce livre a été écrit après la conclusion de l’affaire déclenchée par un article signé d’Edgar Morin, Samir Naïr et Danièle Sallenave et intitulé Israël-Palestine : le cancer, publié dans le Monde du 04.06.2002.

E. Morin est judéo-gentil [1] : cette appartenance, qu’il revendique, et toute l’histoire de son engagement devraient le mettre à l’abri de toute accusation d’antisémitisme. Néanmoins, France-Israël et Avocats sans frontières ont poursuivi ces auteurs pour « apologie du terrorisme et antisémitisme » ! Déboutés et condamnés en première instance, ils ont obtenu une condamnation pour diffamation raciale en appel, qui a finalement été cassée le 12 juillet 2006 avec une condamnation à une amende des entités qui avaient attaqué. Lire la suite « Note de lecture : « Le monde moderne et la question juive », Edgar Morin »

Note de lecture : « Que s’est-il passé ? L’islam, l’Occident et la modernité », Bernard Lewis

Que s’est-il passé ? L’islam, l’Occident et la modernité, Bernard Lewis, Gallimard. Le débat, 2002

1      Résumé

Du VIIe au XVIIe siècle, les civilisations islamiques sont dominantes vis-à-vis des civilisations chrétiennes à la fois militairement, scientifiquement et culturellement ; elles sont aussi plus tolérantes vis-à-vis des autres religions (en tout cas celles du Livre) que ne l’est à l’époque la civilisation chrétienne. Cette tolérance, qui ne va pas jusqu’à l’égalité des droits mais se limite à l’octroi d’un statut, se traduit par des flux migratoires dans le sens Ouest è Est (Juifs venant d’Espagne, et surtout Grecs).

A l’inverse, l’Occident est hostile à l’installation permanente de commerçants musulmans en Europe. Il a vis-à-vis de l’islam, qui règne sur la Terre sainte, s’affirme comme détenteur d’une version plus achevée de la parole révélée que les Testaments et est un agresseur direct, beaucoup plus de réticences que vis-à-vis de la civilisation chinoise ou de la civilisation indienne. Lire la suite « Note de lecture : « Que s’est-il passé ? L’islam, l’Occident et la modernité », Bernard Lewis »

Note de lecture : « Orient-Occident, la fracture imaginaire », Georges Corm

Photo : Alhambra de Grenade
© Serge Ruscram, 09-2010

Orient-Occident, la fracture imaginaire,  Georges Corm, La Découverte, Cahiers libres, 2002

Léopold Sédar Senghor vantait les mérites du métissage culturel. La lecture de ce livre de Georges Corm donne une illustration presque jubilatoire du bien fondé de sa position.

G. Corm, libanais, est un de ces exemples d’intellectuels dont la pensée, du fait de leur culture cosmopolite, souvent minoritaire, est particulièrement riche et originale. On pense souvent, en le lisant, à d’autres auteurs ayant ce type de culture, comme Edward W. Saïd [i], palestinien de culture chrétienne, ou Edgar Morin [ii], judéo-gentil, selon le terme qu’il emploie lui-même, et penseur de la complexité. On pense aussi à l’École de Francfort. G. Corm cite d’ailleurs comme références bibliographiques importantes Herbert Marcuse [iii], Theodor W. Adorno [iv] et Jürgen Habermas [v].

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Note de lecture : « Le Rendez-vous des civilisations », Youssef Courbage et Emmanuel Todd

Photo : Samarcande vue d’un des minaret du Registan
© Serge Ruscram, août 2008

Le Rendez-vous des civilisations, Youssef Courbage et Emmanuel Todd, Seuil, La République des idées, 2007

Définitions et vocabulaire

Le fait religieux existe indépendamment des particularités de chaque croyance. À un niveau psychologique et social profond, le christianisme, le bouddhisme, l’hindouisme, l’islam et les cultes animistes sont la même chose : une interprétation du monde qui donne un sens à la vie et permet aux hommes de fonctionner correctement dans la société où ils naissent. La nature détaillée de la croyance, le style de la divinité, le type de statut métaphysique envisagé, le code moral et les interdits ne peuvent être examinés que dans un deuxième moment de la réflexion. D’abord, il y a le fait de croire, n’importe quoi au-delà du visible et du démontrable, commun à toutes les religions. Commun à toutes les religions est aussi le lien social établi et maintenu par la croyance partagée. Car le paradoxe fondamental de la religion est qu’elle est toujours simultanément individuelle et collective : elle définit un lien entre l’individu et un au-delà métaphysique, mais l’homme isolé est en général incapable de croire en une quelconque transcendance (p. 20-21).

La démographie n’arrive pas toujours à cacher derrière ses instruments mathématiques que son double sujet est également celui de la religion : la vie et la mort (p. 136).

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Lumières, laïcité et occidentalocentrisme

Mosquée chiite, Damas
© Serge Ruscram, 2010

D’après un exposé fait le 23-10-2012

« Les races supérieures, c’est à dire les sociétés occidentales parvenues à un haut degré de développement technique, scientifique et moral, ont à la fois des droits et des devoirs à l’égard des races inférieures. (…) Partout doivent reculer les antiques puissances de l’ignorance, de la superstition, de la peur, de l’oppression de l’homme par l’homme. Ainsi l’action colonisatrice est-elle fondamentalement définie comme une œuvre d’émancipation : par elle, et à travers elle, se poursuit la lutte, entreprise depuis [des siècles] au nom de l’esprit de Lumière, contre l’injustice, l’esclavage, la soumission aux Ténèbres. »

Je vous rassure : il ne s’agit pas d’une intervention de notre actuel ministre de l’intérieur. Alors, s’agit-il d’une dernière intervention de Claude Guéant avant son départ du ministère de l’intérieur ? Ou s’agit-il de l’exposé des motifs de la loi signée entre autres par François Fillon et Jean-François Copé, le 25 février 2005, qui affirmaient le « caractère positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord » [i] ? Ou d’un extrait du célèbre discours de Dakar de notre ancien président de la République ?

Eh bien non ! Cette intéressante prise de position est le fait de… Jules Ferry. C’était le 28 juillet 1885, à la tribune de la Chambre des députés.

Mon exposé n’a évidemment pas pour objectif de critiquer untel ou untel pour des opinions qui étaient répandues à l’époque, y compris chez des gens éclairés : je voudrais simplement alerter sur le fait que nos positions sur l’autre, sur l’étranger, sont parfois fortement biaisées par notre point de vue.

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