Il ne faut pas désespérer la France périphérique…

… maintenant que Billancourt n’existe plus

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Le titre de cet article est inspiré par une phrase qu’aurait dite Jean-Paul Sartre en 1968 : « Il ne faut pas désespérer Billancourt ». L’usine Renault de Billancourt était alors une citadelle ouvrière. En réalité, il semble que cette phrase provienne du collage de deux répliques de Nekrassov, une pièce peu connue de Jean-Paul Sartre, créée en 1955 : « Il ne faut pas désespérer les pauvres » et « Désespérons Billancourt ». Aujourd’hui, Billancourt n’existe plus, en tout cas en tant que bastion syndical, et, avec la désindustrialisation, le néo-libéralisme et leur impact sur le développement de l’individualisme, la classe ouvrière a volé en éclats. Mais la recherche sociologique et économique récente met en évidence l’émergence d’une France périphérique, probablement majoritaire dans la population et en croissance, qui ne bénéficie pas des avantages de la mondialisation et continue à se marginaliser.

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Note de lecture : « Faut-il brûler le modèle social français ? » Alain Lefebvre, Dominique Méda

Faut-il brûler le modèle social français ?, Alain Lefebvre, Dominique Méda, Seuil, 2006

Même si les citations précises ou emprunts ne sont pas indiqués, une partie importante de cette note est une reformulation de passages du livre.

Le terme de modèle social n’est pas pris ici au sens commun d’exemple à suivre, mais au sens d’ensemble de caractéristiques d’une société et de son organisation.

Typologie des modèles sociaux

Esping-Andersen distingue 3 types de régimes d’État providence.

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Note de lecture : « Le ghetto français », Éric Maurin

Le Ghetto français. Enquête sur le séparatisme social, Éric Maurin,  Seuil La République des idées, 2004

E. Maurin, ingénieur statisticien-économiste et docteur en économie, est chercheur au CNRS (GRECSTA).

Il est co-auteur, avec Dominique Goux, de deux études : Anatomie sociale d’un vote : le 21 avril 2002 [i] et Anatomie sociale d’un vote. Le 1er tour des élections régionales (21 mars 2004) [ii], illustratifs de certains aspects de sa démarche et très intéressants en termes d’analyse électorale.

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Note de lecture : « Le Rendez-vous des civilisations », Youssef Courbage et Emmanuel Todd

Photo : Samarcande vue d’un des minaret du Registan
© Serge Ruscram, août 2008

Le Rendez-vous des civilisations, Youssef Courbage et Emmanuel Todd, Seuil, La République des idées, 2007

Définitions et vocabulaire

Le fait religieux existe indépendamment des particularités de chaque croyance. À un niveau psychologique et social profond, le christianisme, le bouddhisme, l’hindouisme, l’islam et les cultes animistes sont la même chose : une interprétation du monde qui donne un sens à la vie et permet aux hommes de fonctionner correctement dans la société où ils naissent. La nature détaillée de la croyance, le style de la divinité, le type de statut métaphysique envisagé, le code moral et les interdits ne peuvent être examinés que dans un deuxième moment de la réflexion. D’abord, il y a le fait de croire, n’importe quoi au-delà du visible et du démontrable, commun à toutes les religions. Commun à toutes les religions est aussi le lien social établi et maintenu par la croyance partagée. Car le paradoxe fondamental de la religion est qu’elle est toujours simultanément individuelle et collective : elle définit un lien entre l’individu et un au-delà métaphysique, mais l’homme isolé est en général incapable de croire en une quelconque transcendance (p. 20-21).

La démographie n’arrive pas toujours à cacher derrière ses instruments mathématiques que son double sujet est également celui de la religion : la vie et la mort (p. 136).

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Note de lecture : « Quatre-vingt-treize », Gilles Kepel

Quatre-vingt-treize, Gilles Kepel, Gallimard, 2012

Gilles Kepel a dirigé pour l’institut Montaigne l’enquête de terrain Banlieue de la République (voir le site de l’enquête et son résumé).

Cette enquête, réalisée en 2010 et 2011 dans la zone de Clichy/Montfermeil, en Seine-Saint-Denis (93), analyse la façon dont s’imbriquent les variables comme la relégation, l’enclavement spatial et les problèmes de l’éducation, de l’emploi et de la sécurité, pour générer une émeute qui s’est répandue dans l’ensemble du pays. Elle étudie notamment la façon dont la référence à l’islam a pénétré l’espace social.

G. Kepel, après la publication des résultats de cette étude, a écrit Quatre-vingt-treize (Gallimard, 2012), qui propose une formalisation de l’évolution, dans les dernières décennies, de la place de l’islam en France, devenu l’islam de France.

La présente note de lecture donne une vision simplifiée, un peu réductrice – je demande à l’auteur de m’excuser pour les raccourcis abusifs et pour les erreurs éventuelles.

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