Note de lecture : « Le Rendez-vous des civilisations », Youssef Courbage et Emmanuel Todd

Photo : Samarcande vue d’un des minaret du Registan
© Serge Ruscram, août 2008

Le Rendez-vous des civilisations, Youssef Courbage et Emmanuel Todd, Seuil, La République des idées, 2007

Définitions et vocabulaire

Le fait religieux existe indépendamment des particularités de chaque croyance. À un niveau psychologique et social profond, le christianisme, le bouddhisme, l’hindouisme, l’islam et les cultes animistes sont la même chose : une interprétation du monde qui donne un sens à la vie et permet aux hommes de fonctionner correctement dans la société où ils naissent. La nature détaillée de la croyance, le style de la divinité, le type de statut métaphysique envisagé, le code moral et les interdits ne peuvent être examinés que dans un deuxième moment de la réflexion. D’abord, il y a le fait de croire, n’importe quoi au-delà du visible et du démontrable, commun à toutes les religions. Commun à toutes les religions est aussi le lien social établi et maintenu par la croyance partagée. Car le paradoxe fondamental de la religion est qu’elle est toujours simultanément individuelle et collective : elle définit un lien entre l’individu et un au-delà métaphysique, mais l’homme isolé est en général incapable de croire en une quelconque transcendance (p. 20-21).

La démographie n’arrive pas toujours à cacher derrière ses instruments mathématiques que son double sujet est également celui de la religion : la vie et la mort (p. 136).

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Lumières, laïcité et occidentalocentrisme

Mosquée chiite, Damas
© Serge Ruscram, 2010

D’après un exposé fait le 23-10-2012

« Les races supérieures, c’est à dire les sociétés occidentales parvenues à un haut degré de développement technique, scientifique et moral, ont à la fois des droits et des devoirs à l’égard des races inférieures. (…) Partout doivent reculer les antiques puissances de l’ignorance, de la superstition, de la peur, de l’oppression de l’homme par l’homme. Ainsi l’action colonisatrice est-elle fondamentalement définie comme une œuvre d’émancipation : par elle, et à travers elle, se poursuit la lutte, entreprise depuis [des siècles] au nom de l’esprit de Lumière, contre l’injustice, l’esclavage, la soumission aux Ténèbres. »

Je vous rassure : il ne s’agit pas d’une intervention de notre actuel ministre de l’intérieur. Alors, s’agit-il d’une dernière intervention de Claude Guéant avant son départ du ministère de l’intérieur ? Ou s’agit-il de l’exposé des motifs de la loi signée entre autres par François Fillon et Jean-François Copé, le 25 février 2005, qui affirmaient le « caractère positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord » [i] ? Ou d’un extrait du célèbre discours de Dakar de notre ancien président de la République ?

Eh bien non ! Cette intéressante prise de position est le fait de… Jules Ferry. C’était le 28 juillet 1885, à la tribune de la Chambre des députés.

Mon exposé n’a évidemment pas pour objectif de critiquer untel ou untel pour des opinions qui étaient répandues à l’époque, y compris chez des gens éclairés : je voudrais simplement alerter sur le fait que nos positions sur l’autre, sur l’étranger, sont parfois fortement biaisées par notre point de vue.

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