Note de lecture : « Que s’est-il passé ? L’islam, l’Occident et la modernité », Bernard Lewis

Que s’est-il passé ? L’islam, l’Occident et la modernité, Bernard Lewis, Gallimard. Le débat, 2002

1      Résumé

Du VIIe au XVIIe siècle, les civilisations islamiques sont dominantes vis-à-vis des civilisations chrétiennes à la fois militairement, scientifiquement et culturellement ; elles sont aussi plus tolérantes vis-à-vis des autres religions (en tout cas celles du Livre) que ne l’est à l’époque la civilisation chrétienne. Cette tolérance, qui ne va pas jusqu’à l’égalité des droits mais se limite à l’octroi d’un statut, se traduit par des flux migratoires dans le sens Ouest è Est (Juifs venant d’Espagne, et surtout Grecs).

A l’inverse, l’Occident est hostile à l’installation permanente de commerçants musulmans en Europe. Il a vis-à-vis de l’islam, qui règne sur la Terre sainte, s’affirme comme détenteur d’une version plus achevée de la parole révélée que les Testaments et est un agresseur direct, beaucoup plus de réticences que vis-à-vis de la civilisation chinoise ou de la civilisation indienne. Lire la suite « Note de lecture : « Que s’est-il passé ? L’islam, l’Occident et la modernité », Bernard Lewis »

Circoncision, VIH et langue de bois

Image : La Circoncision et la Présentation au temple , Andrea Mantegna, 1461, Galerie des Offices (détail)
Source : Wikipedia, « Le triptyque des Offices »

Et la laïcité et le féminisme dans tout ça ?

Le serpent de mer de la circoncision comme moyen de lutte contre la contamination par le VIH fait une nouvelle apparition. Lire la suite « Circoncision, VIH et langue de bois »

« Pour les musulmans » : article d’Edwy Plenel, sur Mediapart

Mosquée des Omeyyades, Damas

Photo : mosquée des Omeyyades, Damas
© Serge Ruscram, 2010

Il s’agit d’un article paru sur le site Mediapart le 18-08-2013 (accessible aux abonnés). Cet article est, à mes yeux essentiel, (même si je suis en désaccord avec certaines des positions qu’il exprime, mais il s’agit de détails par rapport au fond du message). Il est très proche de nombreuses choses dites sur ce blog : au-delà de références qu’il donne et auxquelles j’attache une importance particulière, comme le livre Le Rendez-vous des civilisations de Youssef Courbage et Emmanuel Todd (voir ma note de lecture), ou Edward Saïd (auquel je fais aussi référence à plusieurs reprises), auxquelles j’ajouterais volontiers Georges Corm (voir ma note de lecture sur son livre Orient- Occident : la fracture imaginaire), l’argument de l’article d’Edwy Plenel est très proche de celui de l’article Lumières, laïcité et occidentalocentrisme de ce blog.

Voici le texte de l’article, suivi de trois commentaires faits sur le site et de la réponse d’Edwy Plenel. Lire la suite « « Pour les musulmans » : article d’Edwy Plenel, sur Mediapart »

Note de lecture : « Le ghetto français », Éric Maurin

Le Ghetto français. Enquête sur le séparatisme social, Éric Maurin,  Seuil La République des idées, 2004

E. Maurin, ingénieur statisticien-économiste et docteur en économie, est chercheur au CNRS (GRECSTA).

Il est co-auteur, avec Dominique Goux, de deux études : Anatomie sociale d’un vote : le 21 avril 2002 [i] et Anatomie sociale d’un vote. Le 1er tour des élections régionales (21 mars 2004) [ii], illustratifs de certains aspects de sa démarche et très intéressants en termes d’analyse électorale.

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Note de lecture : « Orient-Occident, la fracture imaginaire », Georges Corm

Photo : Alhambra de Grenade
© Serge Ruscram, 09-2010

Orient-Occident, la fracture imaginaire,  Georges Corm, La Découverte, Cahiers libres, 2002

Léopold Sédar Senghor vantait les mérites du métissage culturel. La lecture de ce livre de Georges Corm donne une illustration presque jubilatoire du bien fondé de sa position.

G. Corm, libanais, est un de ces exemples d’intellectuels dont la pensée, du fait de leur culture cosmopolite, souvent minoritaire, est particulièrement riche et originale. On pense souvent, en le lisant, à d’autres auteurs ayant ce type de culture, comme Edward W. Saïd [i], palestinien de culture chrétienne, ou Edgar Morin [ii], judéo-gentil, selon le terme qu’il emploie lui-même, et penseur de la complexité. On pense aussi à l’École de Francfort. G. Corm cite d’ailleurs comme références bibliographiques importantes Herbert Marcuse [iii], Theodor W. Adorno [iv] et Jürgen Habermas [v].

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Note de lecture : « Le Rendez-vous des civilisations », Youssef Courbage et Emmanuel Todd

Photo : Samarcande vue d’un des minaret du Registan
© Serge Ruscram, août 2008

Le Rendez-vous des civilisations, Youssef Courbage et Emmanuel Todd, Seuil, La République des idées, 2007

Définitions et vocabulaire

Le fait religieux existe indépendamment des particularités de chaque croyance. À un niveau psychologique et social profond, le christianisme, le bouddhisme, l’hindouisme, l’islam et les cultes animistes sont la même chose : une interprétation du monde qui donne un sens à la vie et permet aux hommes de fonctionner correctement dans la société où ils naissent. La nature détaillée de la croyance, le style de la divinité, le type de statut métaphysique envisagé, le code moral et les interdits ne peuvent être examinés que dans un deuxième moment de la réflexion. D’abord, il y a le fait de croire, n’importe quoi au-delà du visible et du démontrable, commun à toutes les religions. Commun à toutes les religions est aussi le lien social établi et maintenu par la croyance partagée. Car le paradoxe fondamental de la religion est qu’elle est toujours simultanément individuelle et collective : elle définit un lien entre l’individu et un au-delà métaphysique, mais l’homme isolé est en général incapable de croire en une quelconque transcendance (p. 20-21).

La démographie n’arrive pas toujours à cacher derrière ses instruments mathématiques que son double sujet est également celui de la religion : la vie et la mort (p. 136).

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Note de lecture : « Quatre-vingt-treize », Gilles Kepel

Quatre-vingt-treize, Gilles Kepel, Gallimard, 2012

Gilles Kepel a dirigé pour l’institut Montaigne l’enquête de terrain Banlieue de la République (voir le site de l’enquête et son résumé).

Cette enquête, réalisée en 2010 et 2011 dans la zone de Clichy/Montfermeil, en Seine-Saint-Denis (93), analyse la façon dont s’imbriquent les variables comme la relégation, l’enclavement spatial et les problèmes de l’éducation, de l’emploi et de la sécurité, pour générer une émeute qui s’est répandue dans l’ensemble du pays. Elle étudie notamment la façon dont la référence à l’islam a pénétré l’espace social.

G. Kepel, après la publication des résultats de cette étude, a écrit Quatre-vingt-treize (Gallimard, 2012), qui propose une formalisation de l’évolution, dans les dernières décennies, de la place de l’islam en France, devenu l’islam de France.

La présente note de lecture donne une vision simplifiée, un peu réductrice – je demande à l’auteur de m’excuser pour les raccourcis abusifs et pour les erreurs éventuelles.

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Lumières, laïcité et occidentalocentrisme

Mosquée chiite, Damas
© Serge Ruscram, 2010

D’après un exposé fait le 23-10-2012

« Les races supérieures, c’est à dire les sociétés occidentales parvenues à un haut degré de développement technique, scientifique et moral, ont à la fois des droits et des devoirs à l’égard des races inférieures. (…) Partout doivent reculer les antiques puissances de l’ignorance, de la superstition, de la peur, de l’oppression de l’homme par l’homme. Ainsi l’action colonisatrice est-elle fondamentalement définie comme une œuvre d’émancipation : par elle, et à travers elle, se poursuit la lutte, entreprise depuis [des siècles] au nom de l’esprit de Lumière, contre l’injustice, l’esclavage, la soumission aux Ténèbres. »

Je vous rassure : il ne s’agit pas d’une intervention de notre actuel ministre de l’intérieur. Alors, s’agit-il d’une dernière intervention de Claude Guéant avant son départ du ministère de l’intérieur ? Ou s’agit-il de l’exposé des motifs de la loi signée entre autres par François Fillon et Jean-François Copé, le 25 février 2005, qui affirmaient le « caractère positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord » [i] ? Ou d’un extrait du célèbre discours de Dakar de notre ancien président de la République ?

Eh bien non ! Cette intéressante prise de position est le fait de… Jules Ferry. C’était le 28 juillet 1885, à la tribune de la Chambre des députés.

Mon exposé n’a évidemment pas pour objectif de critiquer untel ou untel pour des opinions qui étaient répandues à l’époque, y compris chez des gens éclairés : je voudrais simplement alerter sur le fait que nos positions sur l’autre, sur l’étranger, sont parfois fortement biaisées par notre point de vue.

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